Model S et X sacrifiées pour Optimus : Tesla a l'usine, pas les chiffres
En neuf mois, Tesla a arrêté ses deux voitures les plus anciennes, démonté leur chaîne de Fremont et lancé à la place la production de son humanoïde Optimus. Côté usine, les promesses sont tenues. Côté robot, Tesla n'a encore publié ni volume, ni prix, ni client.

Cet article parle d'argent et d'entreprises, parfois cotées. C'est de l'analyse et de l'information, pas un conseil en investissement : ne prenez pas de décision financière sur cette seule base.
Il a fallu 46 jours pour effacer la chaîne qui produisait la Model S depuis 2012 et la Model X depuis 2015. C’est le délai que revendique le compte Tesla Manufacturing dans une vidéo publiée en juillet 2026, où l’on voit disparaître la chaîne historique de Fremont, en Californie. Un vendeur d’accessoires Tesla en a tiré une formule choc sur ces « 14 ans d’histoire » rayés de la carte. À leur place, des lignes destinées à Optimus, le robot humanoïde de Tesla.
Le 21 octobre, le rapport trimestriel déposé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, a acté le démarrage de la production. Neuf mois après l’annonce, le bilan tient en une phrase. Tesla a tenu ses promesses d’usine, beaucoup moins ses promesses de robot.
De la berline au robot : neuf mois au pas de charge
Côté usine, la chronologie est d’une régularité rare chez Tesla, une entreprise plus connue pour ses échéances qui glissent.
- 28 janvier 2026. Lors de l’appel aux investisseurs du quatrième trimestre 2025, Elon Musk annonce qu’il est temps de clore les programmes Model S et X avec une « démobilisation honorable » (traduction Raid), rapporte FOX 13. Le rapport du trimestre prévoit de dévoiler Optimus Gen 3 au premier trimestre et de lancer la production avant la fin de l’année.
- 22 avril. Le rapport du T1 précise le plan : une ligne de première génération, conçue pour un million de robots par an, remplacera les lignes S et X à Fremont. Giga Texas accueillera une ligne de deuxième génération visant, à long terme, 10 millions de robots par an.
- Samedi 9 mai. Les dernières Model S et X sortent de la chaîne.
- Mai à juillet. La chaîne d’origine est démontée en 46 jours, selon une vidéo publiée le 10 juillet. Une quarantaine de sous-lignes Optimus, construites et validées en Allemagne, sont ensuite expédiées. Le principe ressemble à une cuisine livrée en modules déjà montés et testés : on gagne des semaines sur place.
- 22 juillet. Rapport du T2 : les lignes S et X sont démontées, les premières lignes Optimus en cours d’installation, et le chantier texan « bat son plein ».
- 21 octobre. Rapport du T3 : la production a démarré à Fremont sur les lignes à haut volume. Tesla décrit les robots qui en sortent comme les premiers « de qualité production » qu’elle ait fabriqués (traduction Raid).
Seul accroc côté usine : en avril, selon Electrek, le démarrage était attendu « fin juillet ou août ». Tesla ne l’a confirmé que dans le rapport d’octobre, sans en donner la date exacte.
Un million de robots par an à la place d’une capacité de 100 000 voitures
L’ordre de grandeur donne le vertige. Fin 2025, Tesla attribuait aux Model S et X une capacité de 100 000 véhicules par an en Californie. À la place, Musk vise un million de robots par an, soit environ 20 000 par semaine. Dix fois plus d’unités. Un humanoïde est certes plus petit qu’une voiture, mais il reste truffé de moteurs, de capteurs et d’articulations.
Où en est-on vraiment ? Sur l’appel du 21 octobre, Musk affirme que « la grande majorité » d’une ligne dimensionnée pour un million d’unités est déjà arrivée à Fremont. Arrivée ne veut pas dire tournant à plein régime. Dans le tableau des usines du rapport, la ligne californienne est marquée « Early Ramp », c’est-à-dire en tout début de montée en cadence, et aucune capacité n’est chiffrée.
Pour les 20 000 robots par semaine, Musk parle de « probablement au moins un an, peut-être un peu plus ». Il prévient que la courbe sera d’abord plate et « assez cahoteuse, parce que c’est un produit radicalement nouveau » (traduction Raid). L’échéance « fin 2027 » qui circule dans la presse est une lecture de cette phrase, pas un engagement daté.
Au Texas, les travaux ont démarré fin mars et la première charpente est montée en mai. Le bâtiment fait partie d’une extension de plus de 5,2 millions de pieds carrés, soit environ 480 000 m². Des vues de drone du 17 septembre, signées Joe Tegtmeyer, montrent selon Drive Tesla Canada une charpente métallique en fin d’assemblage, tandis que dalles et fondations restent en chantier. Tesla, elle, ne va pas au-delà du statut « Construction ». En avril, elle visait une production en volume au Texas vers l’été 2027, un objectif que le rapport du T3 ne répète pas.
Le robot, lui, reste dans l’ombre
Tesla ne publie aucun volume de production, aucun prix, aucun chiffre d’affaires lié à Optimus, aucun client. Les seuls chiffres disponibles sont officieux. Selon The Information, dans un article payant repris par Futurism et BGR, la production serait passée de quelques dizaines d’unités au T2 à plusieurs centaines par semaine. Tesla viserait plus de 1 000 par semaine fin 2026, mais les mains et les avant-bras demanderaient encore beaucoup d’assemblage manuel.
Faisons le calcul : même ces 1 000 robots hebdomadaires ne représenteraient que 5 % de la cadence visée. Et toutes ces données reposent sur une seule source d’origine.
Le robot lui-même se fait attendre. La version 3, promise pour le premier trimestre puis repoussée à la « mi-année », n’avait toujours pas été montrée en public en septembre. Le 21 octobre, Musk a évoqué une vidéo « dans un mois environ ». Il annonce aussi les premières livraisons à des entreprises extérieures vers la fin 2027, et l’arrivée de sa puce maison AI5 dans le robot vers avril 2027.
Le passif incite à la prudence. En janvier 2025, Musk annonçait « environ 10 000 » Optimus pour l’année. L’objectif n’a pas été atteint et, selon Electrek, le patron a reconnu en janvier 2026 qu’aucun Optimus ne faisait de « travail utile » dans ses usines.
Autre signe que l’échelle impose ses compromis : le 1er octobre, Musk a annoncé sur X avoir divisé par deux la mémoire vive de la puce AI5, ramenée à 72 Go, et réduit d’un tiers celle de l’AI6, à 144 Go. Selon lui, c’était « la seule façon d’obtenir assez de volume pour la production d’Optimus » (traduction Raid), avec un effet négligeable sur les performances. Or la mémoire, c’est là que vivent les modèles d’IA du robot. Micron estime, selon IBTimes, qu’un humanoïde pourrait à terme réclamer plus de 200 Go.
Les autres n’ont pas attendu Tesla
Pendant que Fremont se réoutille, le marché livre déjà. D’après Counterpoint Research, plus de 22 000 humanoïdes ont été livrés dans le monde au premier semestre 2026, en hausse de près de 300 % sur un an. Tesla n’apparaît pas dans le classement.
| Acteur | Où il en est | Capacité ou objectif |
|---|---|---|
| Tesla (Optimus) | Production « Early Ramp » à Fremont, aucun volume publié | 1 million par an et par ligne ; 10 millions par an à long terme au Texas |
| AgiBot | 9 700 livrés au S1 2026 (43,1 % du marché) | Non communiqué |
| Unitree | Plus de 7 000 livrés au S1 2026 (31,1 %) | Non communiqué |
| UBTech | Environ 1 000 livrés au S1 2026 (4,4 %) | Non communiqué |
| Figure AI (Figure 03) | Plus de 350 Figure 03 livrés en avril 2026, environ 740 robots en service fin juin (modèles non précisés), selon l’entreprise | 12 000 par an (usine BotQ) |
| Hyundai / Boston Dynamics (Atlas) | Déploiement prévu à partir de l’usine de Savannah | 30 000 par an d’ici 2028 |
| Xpeng (IRON) | Ligne dédiée en service, livraisons au S1 2027 | Production de masse fin 2026 |
Sources : Counterpoint via Humanoids Daily, Wikipedia (Figure AI), Repairer Driven News, TechNode.
Tesla affiche des ambitions 30 à plus de 300 fois supérieures à celles de Hyundai, le plus ambitieux des concurrents qui chiffrent leur capacité, mais n’apparaît dans aucun compteur de livraisons. Les deux autres constructeurs automobiles du tableau, Hyundai et Xpeng, montent des capacités dédiées sans avoir, à notre connaissance, arrêté un modèle pour leur faire de la place. Sacrifier deux voitures pour un robot qui n’a pas encore de client, c’est le geste le plus radical du secteur.
Qui paie ? Les voitures, pour l’instant
Ce pari se fait sur fond de comptes moins flamboyants. Au T3 2026, le bénéfice net tombe à 787 M$, contre 1 373 M$ un an plus tôt, soit 43 % de moins. Le chiffre d’affaires reste stable à 28,0 Md$, mais le résultat d’exploitation passe de 1 624 M$ à 718 M$. Le flux de trésorerie disponible fond de 3,99 Md$ à 1,53 Md$, et encore : il doit 2,59 Md$ à la variation du fonds de roulement, sans laquelle il serait négatif d’environ 1,06 Md$, selon Electrek. Tesla garde tout de même 45,4 Md$ de trésorerie et placements, un sacré coussin.
Côté investissements, Tesla a dépensé 4,7 Md$ ce trimestre, contre 5,8 Md$ au précédent, et ramène sa prévision 2026 à « plus de 20 Md$ » dans son rapport 10-Q, au lieu de « plus de 25 Md$ » (Electrek). Sur l’appel, le directeur financier Vaibhav Taneja parle d’« environ 20 Md$ » (CFO Dive). Soit, à peu de chose près, le niveau annoncé en début d’année. Ces montants ne sont pas ventilés : impossible de dire ce qui revient à Optimus, ni d’imputer la baisse du bénéfice au robot.
Reste la question du prix de vente. Tesla n’en donne aucun. TechTimes cite une estimation de JPMorgan selon laquelle le calendrier de Tesla implique une première série de 10 000 à 20 000 unités avant les premières livraisons à des clients extérieurs. Des analystes non nommés évoquent environ 20 000 $ par robot. À ce stade, c’est une hypothèse, pas un tarif.
Ce qu’il faut surveiller
D’abord, la vidéo annoncée « dans un mois environ », donc vers fin novembre. Reste à voir si elle montrera enfin la V3. Ensuite, un premier chiffre de production assumé par Tesla, au lieu des fuites. Enfin, les mains : si leur assemblage reste aussi manuel que le décrit The Information, aucune ligne à un million d’unités ne compensera ce goulet d’étranglement.
Pour l’instant, le pari Optimus se mesure en mètres carrés et en milliards de dollars, pas en robots livrés hors de Tesla. Tesla a prouvé qu’elle savait vider une usine en 46 jours. Il lui reste à prouver qu’elle sait la remplir de robots.
Sources
Voir les 25 sourcesMasquer les sources
- Tesla Q3 2026 Update (Form 8-K, Exhibit 99.1) — SEC / Tesla
- Tesla Q2 2026 Update (Form 8-K, Exhibit 99.1) — SEC / Tesla
- Tesla Q1 2026 Update (Form 8-K, Exhibit 99.1) — SEC / Tesla
- Tesla Q4 and FY2025 Update (Form 8-K, Exhibit 99.1) — SEC / Tesla
- Tesla (TSLA) Q3 2026 Earnings Call Transcript — The Motley Fool
- Tesla starts Optimus robot production in California as profit falls 43% — TechCrunch
- Tesla Officially Begins Optimus Robot Production; Demo Coming Soon — Not a Tesla App
- Tesla cuts 2026 capex to $20B — CFO Dive
- Tesla cuts 2026 capex guidance, Q3 cash flow — Electrek
- Tesla ends production of Model S and Model X vehicles, will focus on robots in 2026 — FOX 13
- Tesla Waves Goodbye To Model S And Model X As The Last Cars Roll Off The Line — InsideEVs
- Tesla Tears Down Model S/X Lines for Optimus Production — Not a Tesla App
- 46 days: that's all it took to erase 14 years of Model S/X history and make room for Optimus — Tesery
- Tesla pushes Optimus V3 reveal later this year - again — Electrek
- Tesla Optimus factory at Giga Texas nears major construction milestone — Drive Tesla Canada
- Tesla can't get hands to work on Optimus robot — Futurism
- Tesla Targets 1,000 Optimus Robots Produced Weekly In Rapid Production Ramp-Up — BGR
- Exclusive: Tesla's Optimus Hits Snags in Hands, Suppliers as Scale-Up Begins — The Information
- Tesla Cut AI Chip Memory Specs for Optimus, but Elon Musk Claims 'Negligible Effect on Performance' — IBTimes UK
- Tesla Posts 43% Profit Drop as Optimus Hits Fremont Line; Robot Has No Buyers Yet — Tech Times
- Global Humanoid Shipments Surpass 22,000 in H1 2026 as AGIBOT Leads — Humanoids Daily (données Counterpoint Research)
- Hyundai showcases humanoid at CES, plans 30,000 units by 2028 — Repairer Driven News
- XPENG plans humanoid robot deliveries in 2027 and European rollout later that year — TechNode
- Figure AI — Wikipedia
- Optimus (robot) — Wikipedia
Partager
À lire aussi

Robots importés : Trump crie à la menace, puis se donne 180 jours
Le 28 octobre, Donald Trump a déclaré que les robots et machines industrielles importés menacent la sécurité nationale des États-Unis. Il n'a pourtant rien taxé. Ce sursis suit une méthode déjà bien rodée, et il bute sur un problème simple : l'Amérique ne fabrique pas elle-même la plupart des robots de ses usines.